La révélation d’une dette cachée de près de 7 milliards de dollars ne saurait être réduite à une simple affaire de gestion interne des États. Elle interpelle directement la responsabilité de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), dépositaire de la confiance publique et garante de la crédibilité du système financier de l’UEMOA.
Lorsque vous affirmez que « la Banque centrale n’avait pas ces informations », vous omettez le fait que tout flux financier, qu’il provienne d’emprunts intérieurs ou extérieurs, transite nécessairement par les circuits bancaires placés sous le contrôle et la régulation de la BCEAO. À ce titre, le devoir de vigilance et d’alerte impose à l’institution non seulement de suivre mais aussi de signaler tout endettement atypique, disproportionné ou non conforme aux principes de transparence budgétaire. Les constats de la Cour des comptes, les analyses du cabinet Mazars, ainsi que la confirmation par le FMI de la sous-évaluation de la dette sénégalaise, auraient dû amener la BCEAO à se saisir pleinement du dossier. Elle aurait dû commander un audit indépendant, instaurer un mécanisme d’alerte renforcé et en tirer toutes les leçons nécessaires pour restaurer la confiance. En se retranchant derrière un mandat exclusivement monétaire, la Banque centrale prend le risque d’apparaître comme complice par omission, fragilisant ainsi la crédibilité de l’ensemble de l’espace UEMOA. La vérité est que cette dette cachée révèle une faillite de vigilance. La BCEAO, en ne remplissant pas son obligation de mise en garde et de supervision indirecte, a failli à son rôle de gardienne de la discipline collective. Dans une Union monétaire où la stabilité repose avant tout sur la confiance, aucune institution ne saurait se soustraire à sa part de responsabilité.
L’heure n’est donc plus aux déclarations défensives ou minimalistes. Elle est à une prise d’acte courageuse et à l’engagement d’une réforme en profondeur des mécanismes de surveillance et d’alerte, afin qu’un tel scandale ne vienne plus jamais ébranler la stabilité économique et financière de nos pays et compromettre l’avenir de millions de citoyens qui placent leur confiance dans nos institutions.
Veuillez agréer, Monsieur le Gouverneur, l’expression de ma haute considération.
*Pdt. ACSIF, Ingénieur financier, Certifié HEC-PARIS, Chercheur à l’UCAD
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